Historique de l'Union syndicale Solidaires


Extraits du livre : "Qu'est-ce-que SUD SOLIDAIRES"
(éditions de l'Archipel) - sept 2002 -

"Vos orientations, tournées vers l'action, correspondent à mes conceptions d'un syndicalisme de mouvement, capable d'actions revendicatives, au plus près avec les travailleurs, mais agissant dans une perspective de transformation profonde de la condition salariale et de la société"…

"Vous avez dérangé l'ordre des choses…on le pardonne difficilement et en outre vous vous révélez des concurrents dangereux…Il faudra du temps, du courage, confrontations et réflexions… Face à l'intoxication du néo - libéralisme par les mass- médias, nos moyens sont pauvres, pourtant, il faut tenir, résister, expliquer, agir."

Ainsi, dans une longue lettre adressée au 1er congrès fondateur de SUD-PTT (19 - 22 septembre 1989), s'exprime Eugène Descamps, fondateur historique de la CFDT.

 

Près de dix ans plus tard, le 14 janvier 1998, un communiqué de presse annonce la tenue du congrès fondateur de l'Union Syndicale-Groupe des dix (G10)

" …Il s'agit de construire un nouveau fédéralisme afin que les adhérents et les salariés restent maîtres de leurs revendications et de leurs actions… "


Entre temps, la greffe avait pris entre les exclus de la CFDT (qui ont construit Sud-PTTet CRC Santé-Sociaux) et des syndicats autonomes, issus de la CGT porteurs d' une histoire déjà longue, Entreprise démesurée et passionnante que de vouloir faire se rencontrer des groupes, des structures, des individus aux histoires et aux traditions et cultures complètement différentes.

Depuis plus de quinze ans, le mouvement syndical traditionnel, sur fond de crise et de désyndicalisation est agité par l'émergence de nouvelles formes d'intervention dans le champ social et la naissance de nouveaux acteurs :
- coordinations et collectifs auto-organisés,
- équipes militantes contraintes à l'autonomie par l'exclusion des grandes centrales,
- nouveaux mouvements de contestation mondialisée.


Le Groupe des 10 est né en décembre 1981 de l'appel d'un militant de la FGSOA (Fédération Générale des Salariés des Organismes Agricoles) invitant les syndicalistes autonomes du secteur public à se rapprocher, pour travailler à la recherche de l'unité syndicale sans chercher à créer une nouvelle confédération. A cette première réunion, dix syndicats autonomes répondent à cet appel, d'où le nom "historique" de Groupe des 10.


Composition du groupe des 10 en 1981 :


- FADN (Fédération Autonome de la Défense Nationale)
- FASP (Fédération autonome des Syndicats de Police)
- FAT (Fédération Autonome des Transports)
- FGAAC (Fédération Générale Autonome des Agents de Conduite)
- FGAF (Fédération Générale Autonome des Fonctionnaires)
- FGSOA (Fédération Générale des Salariés des Organismes Agricoles)
- SNCTA ( Syndicat National des Contrôleurs du Trafic Aérien)
- SNJ (Syndicat National des Journalistes)
- SNUI (Syndicat National Unifié des Impôts).
- SU ( Syndicat Unifié des Caisses d'Epargne)



Les syndicats qui le composent, sont bien implantés dans leur milieu professionnel, et issus majoritairement du secteur public.

Pour la plupart ils sont issus du refus de choisir entre CGT et FO, lors de la scission de 1947.

Ils sont porteurs de cultures syndicales et politiques hétérogènes, et souvent marqués par une pratique corporatiste.

De ce fait, dans les années 80, le Groupe des 10 n'est pas véritablement présent sur la scène des grands rendez - vous sociaux.

Le Groupe des dix " prend la forme d'un pôle informel de rencontre d'échanges, de débats entre syndicats autonomes ".

Peu à peu s'impose l'idée que le Groupe " piétine " ; constat est fait de la difficulté à élargir le champ des analyses communes, de l'incapacité à développer une solidarité réelle lors des conflits comme les conflits SNCF et RATP de l'hiver 1986, des aiguilleurs du ciel et de la Banque de France en 1987.

Le Groupe des dix s'interroge sur les conditions de possibilité d'une réelle unité syndicale ; le désaccord à propos de la règle de l'unanimité, rempart contre tout retour possible du modèle organisationnel confédéral, entraîne le départ de la FGAAC en 1984.
Le Groupe des 10 prend contact avec Sud-Ptt dès sa création en 1989.

Sa participation comme observateur, à partir de novembre 1989 va susciter une radicalisation du mouvement et une dynamique interprofessionnelle ; la formation de l'UNSA en 1993 clarifie les positions respectives de ceux qui au sein du Groupe des 10 s'opposaient dans une exigence de radicalité à ceux qui étaient porteurs d'aspirations réformistes et de reconnaissance institutionnelle.

Après le départ de la FAT, la FMC, et la FGSOA qui rejoignent la FEN pour constituer l'UNSA, le Groupe des 10 prend des dispositions organisationnelles nouvelles : publication d'un bulletin " 10 Fusion " quatre fois par an, et mise en place d'un petit secrétariat national.

La discussion s'ouvre alors sur la nécessité de structurer davantage et de mettre en place des règles de fonctionnement, pour aboutir à une création statutaire et juridique.


A l'automne 1995, un grand nombre de syndicats du Groupe des10 (qui en comptent alors 17), est partie prenante du mouvement social, à travers leurs appels à la grève et leurs participations aux manifestations.

La défense des services publics et des retraites, du système de protection sociale, des statuts des personnels sont bien sur les revendications dans lesquels ces syndicats se retrouvent ; ainsi plus largement, les syndicats du Groupe des dix inscrivent leur action dans la remise en cause du libéralisme, de la pensée unique, de la précarisation du salariat...

Les services publics sont défendus parce qu'ils sont " le bien commun de tous " La place prise par les syndicats du Groupe des 10 dans ce mouvement social , qui sera qualifiée dans la presse, de "première grève contre la mondialisation", confirme qu'il y a, à côté des confédérations traditionnelles, place pour un nouveau courant syndical.
Un projet de rédaction des statuts prend forme.

La primauté reconnue au syndicat de base se concrétise par l'idée que toute décision se prend au consensus, chaque syndicat ne disposant que d'une voix qu'elle que soit sa taille. Les valeurs sociales dans lesquelles s'inscrivent les revendications vont être précisées, dans un projet de préambule aux statuts.

Naissance de SUD


Depuis l'arrivée de Mitterand au pouvoir en 1981, le mouvement social semble en "vacances".

Les plans d'austérité succèdent aux plans d'austérité sans susciter d'oppositions très fortes.


La CFDT, avec à sa tête Edmond Maire entre dans la logique du recentrage à la fin des années 70. Elle apporte dès 1982 son soutien à la politique de rigueur. Edmond Maire en 1984 qualifie la grève " d'arme mythologique ".

Une partie des militants, portés par le socialisme autogestionnaire, entrés à la CFDT au lendemain de 68 dans une période marquée par des conflit durs, ne se retrouvent plus dans ces orientations : ils vont se situer dans l'opposition à ce syndicalisme de gestion de crise qualifié de syndicalisme d'accompagnement.


L'automne 1988 fait figure d'automne chaud

La presse parle de réveil social. La pratique des coordinations popularisée par le mouvement des cheminots et des étudiants en 1985-1986 fait écho chez les salariés qui dans les secteurs en lutte tiennent des assemblées générales où syndiqués et non syndiqués prennent la parole et votent à main levée l'orientation du mouvement.


SUD a son lieu de naissance : les PTT (Postes, Télégraphes et Télécommunications).
Les PTT, c'est une collectivité de 450 000 salariés, entreprise publique implantée sur tout le territoire et caractérisée, par delà la grande diversité de ses secteurs, par un très fort sentiment d'appartenance à une maison commune.


Dans les années 1980, l'heure est à la " modernisation ".

La communication, l'information sont de plus en plus considérées comme des marchandises à haute valeur ajoutée.

Partout dans le monde, au Japon, en Grande Bretagne, aux Pays Bas, on brise les monopoles, on vend aux entreprises privées des activités relevant de l'intérêt général. Les institutions européennes pressent la France d'ouvrir ces secteurs à la concurrence.

Mais, les salariés français manifestent leur attachement au service public (déjà lors de grèves importantes en 1974, les agents des PTT scandent " ITT et Thomson n'auront pas le téléphone "); toutes les tentatives de réforme ont échoué.


En1988, le parti socialiste, en campagne électorale, se veut rassurant, mais lorsque, victorieux, il forme le gouvernement Rocard, il s'engage, avec Paul Quiles, son ministre des PTT, sur la voie d'une réforme. En Octobre, à Lille, le centre de tri de Lezennes est paralysé. A Nancy, Marseille, Rouen, Bordeaux, Bobigny, les centres de tri et les bureaux de poste rejoignent le mouvement. Au même moment, à Paris et en banlieue, ce sont les camions jaunes de la Poste qui mènent une lutte de plusieurs semaines.

Ils mettent en place une coordination et des assemblées générales quotidiennes.


Dans les deux cas, la direction nationale de la CFDT-Ptt va casser la lutte et dénoncer à l'administration les propres militants de la CFDT !

A Lille, les militants CFDT engagés dans la lutte apprennent , par voie de presse que la CFDT n'est plus dans le conflit… Le 3 novembre, 7 responsables de sections sont démis de leurs mandats et se retrouvent sans protection face à l'administration ; Le 7 novembre, par la presse et leur administration les 5 responsables des sections CFDT des garages postaux parisiens apprennent à leur tour qu'ils sont démis de leur mandat syndical.

Trois jours plus tard, le secrétaire général de la Fédération CFDT PTT invite le ministre Paul Quiles à prendre toutes ses responsabilités et à faire respecter les libertés fondamentales dont celle du travail ; appel à peine voilé à faire intervenir la force contre les piquets de grève et les occupations.

Le 13 novembre, sous escorte policière l'armée déplace les camions jaunes bloquant centres de tri et bureaux de poste.


Dans la santé les luttes sont importantes cet automne-là.


Les Fédérations nationales CFDT des Ptt et de la Santé, tout comme la Confédération, sont décidées à faire le ménage, quitte à passer par dessus les adhérents .

Lors du Congrès confédéral de Strasbourg fin novembre, Edmond Maire, secrétaire général sortant, dit clairement qu'il faut se débarrasser des "moutons noirs qui n'ont plus leur place dans la CFDT". Ils visent les militants et militantes des Ptt et de la Santé.

Quelques jours plus tard, les responsables CFDT des Ptt et de la Santé taillent dans le vif : ils sanctionnent et retirent leurs mandats aux responsables de la région parisienne en leur reprochant le soutien à ces luttes et aux coordinations...

Les militants sanctionnés sont déchirés, mais aussi révoltés.

Ils se sentent légitimes car la majorité de leurs adhérents sont d'accord avec eux. Les discussions sont animées à propos des réponses qu'il convient d' apporter à un tel coup de force.

Mais il faut faire vite, pour ne pas laisser détruire un outil syndical et toute cette énergie militante. La décision est prise de poursuivre l'engagement syndical à travers la construction d'un nouvel outil syndical.


Dans le secteur de la santé, cet outil s'appelle CRC-Santé-Sociaux (Coordonner - Rassembler - Construire) : le sigle CRC était déjà utilisé dans la CFDT ; il est repris pour souligner la continuité de l'outil syndical. Aux Ptt, c'est le sigle SUD ( Solidaires-Unitaires-Démocratiques), qui est adopté.

Commence alors pour les uns et les autres une période marquée par l'euphorie, mais aussi par la peur de se tromper...

Tout est à faire : trouver des locaux, de l'argent, du temps. Les appartements sont transformés en local syndical, en imprimerie, les nuits sont courtes et les soirées bien occupées...Il y a aussi ce sentiment de liberté, la joie d'être sortis des batailles internes d'appareils, usantes et improductives...

L'aventure commence…

L'année 1989 voit donc la naissance officielle de SUD aux Ptt , et de CRC dans la santé (CRC qui deviendra SUD en 1997).

Cette même année, les couleurs du SNUI ( Groupe des 10) s'affichaient dans toutes les manifestations qui contestaient la politique gouvernementale, fut-elle le fait d'un gouvernement de gauche.

La grève des agents des finances en 1989 occupe en effet une place particulière parmi les grands mouvements sociaux.

Elle dure longtemps , de deux à six mois selon les secteurs, elle est remarquable par son intensité( plus de 50 à 65% de grévistes) , par sa féminité (plus de 65% de femmes travaillent aux impôts), sa forme et ses modes d'action( assemblées générales, grève administrative, etc…) .

Le SNUI, premier syndicat des impôts y joue un rôle prépondérant qui le place à l'avant - garde de l'autonomie combative et qui justifie sa position à l'intérieur du Groupe des 10...

Dès lors, l'image trouble et négative de " syndicats jaunes " qui en France accompagne les syndicats autonomes, non confédérés, commence à s'atténuer et dès le 1er congrès des SUD - PTT( septembre 1989 La Plaine Saint Denis.), le SNUI est invité. Le Groupe des 10 propose à SUD PTT de le rejoindre.

Au début de 1989, Sud PTT et CRC Santé-Sociaux ne représentent que quelques centaines d'adhérents, essentiellement en région parisienne. Pourtant dès mars1989 Sud PTT reccueille 5% des suffrages aux élections nationales des commissions paritaires et surtout 15% sur l'ensemble de la région parisienne).


Ces deux organisations accusées de semer la division syndicale sont marginales mais non isolées. Elles gardent d'ailleurs des liens avec leurs camarades de la CFDT d'autres secteurs professionnels qui n'ont pas été exclus et tentent de faire vivre un courant oppositionnel dans la CFDT.

Des réseaux intersyndicaux comme celui constitué autour de la revue " Collectif " ou de l'association RESSY( Recherche,Société, Syndicalisme ) vont permettre la rencontre, l'échange, et la réflexion de chercheurs et syndicalistes :
on y retrouve des CGT " critiques ", des opposants à la ligne confédérale de la CFDT, des minoritaires de la FEN responsables de la future FSU et des membres du Groupe des 10.

Ils vont se sentir très proches des nouvelles formes de lutte qui émergent à travers les associations. Apparaît alors comme vraiment déterminante l'orientation de ces courants vers une refondation de la critique sociale.


Le syndicalisme français est plus que jamais marqué par la division :
à la CFDT, le limogeage de Kaspar précède l'entrée en scène de Nicole Notat, ; FO traverse les troubles liés à la succession de Bergeron ; la CGT a du mal à redéfinir ses orientations stratégiques après la rupture du cordon ombilical avec le PC. L'UNSA et la FSU naissent de l'éclatement de la FEN en 1993.


La constitution en 1993 de ce nouveau pôle de regroupement du syndicalisme autonome paraît affaiblir le Groupe des 10 (on peut estimer à ce moment là les forces de l'UNSA à 350 000 et à 55 000 seulement celles du Groupe des 10.).

Mais ses syndicats vont unanimement converger autour d'un même projet énoncé par Annick Coupé : " ne pas laisser à l'UNSA, le monopole des syndicats non confédérés ". Le Groupe des 10 auquel SUD - PTT a adhéré à part entière en 1992 va s'appliquer à sa refonte interne pour se donner les moyens de peser sur les évolutions du paysage syndical français.


L'arrivée de SUD-Ptt pousse le Groupe des 10 à s'engager plus rapidement sur des problèmes de société comme le chômage, l'égalité hommes-femmes, l'antiracisme, les rapports Nord-Sud à entrer dans une démarche interprofessionnelle et une pratique nouvelle qui fait de l'organisation syndicale le partenaire d'un ensemble qui fonctionne en réseau.

L'analyse partagée dans le Groups des 10 indique que les méfaits du libéralisme se décline dans tous les aspects de la vie, et pas seulement dans les entreprises ou les administrations ; pour construire des rapports de force efficace, il est donc nécessaire d'agir sur toutes ces conséquences et en partenariat avec des mouvements sociaux qui luttent aussi sur ces questions.


A partir de 1993, la mouvance radicale va entrer dans une nouvelle période.
Les luttes reprennent : grèves dans la fonction publique, mouvements dans le secteur privé (Alsthom, le secteur automobile).

Le chômage qui génère l'exclusion grandit et on assiste à l'émergence de mouvements associatifs de défense des droits fondamentaux :
Droit au travail, Droit au logement, à la santé, à un revenu décent pour les chômeurs, Droit des femmes, Droit des sans papiers. Le mouvement AC (Agir ensemble contre le chômage) est lancé en 1993 par un regroupement d'associatifs et de syndicalistes (dont SUD Ptt et le Snui) .


En 1994, à l'appel d'AC !, 5 marches parties des cinq coins de l'hexagone convergent à Paris le 23 mai..

Trois ans plus tard, véritable " miracle social " selon Pierre Bourdieu, en pleine trêve des confiseurs ,en décembre 1997, les " sans -travail " occupent les antennes locales des ASSEDIC pendant plus de six semaines.


Avec DAL, dans des actions spectaculaires comme celles de la rue du Dragon en 1994, les "sans logis " réclament la réquisition des logements vides, en opposition à une politique immobilière commandée par la spéculation.


Avec les " sans papiers de St Bernard ", que SUD PTT accueille dans ses locaux au printemps 96.


Pour les droits des femmes, contre les attaques des commandos anti - IVG, SUD Ptt s'investit dans la création de la Cadac (Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception) en 1992 et dans le CNDF (Collectif national pour les droits des femmes) en 1995.


SUD PTT s'implique aussi sur le plan international, par des activités de solidarité avec la Bosnie (en particulier avec la ville de Tuzla qui revendique une Bosnie multiculturelle et multiethnique).

SUD répond à l'appel des zapatistes du Chiapas au Mexique.


L'esprit qui anime ces nouvelles formes d'action est présent dans le mouvement de décembre 1995 contre le plan Juppé , mouvement dont l'ampleur (grèves reconductibles, manifestations de plus en plus nombreuses avec une participation beaucoup plus large que celle des seuls grévistes) souligne la remise en question du fonctionnement de la société, le rejet de toutes les politiques d'austérité, le souci de défendre le service public, et l'espoir d'un réveil social contre le libéralisme et ses abus.


Néanmoins, les événements liés au conflit de décembre 1995 ont mis en place une dynamique d'expansion pour la mouvance syndicale radicale.


Les positions prises par la direction de la CFDT, pendant ce mouvement social, ont accéléré le départ de certains opposants internes.

Le Groupe des 10 et Sud PTT ont été largement médiatisés et ont vu leur notoriété grandir en tant que figure d'un renouvellement positif des pratiques syndicales. Cet ensemble de faits a suscité l'éclosion ,dans différents secteurs d'activité, de nouveaux syndicats SUD, depuis que la fédération SUD PTT a décidé d'accepter que le sigle SUD soit utilisé dans d'autres secteurs professionnels.

Il ne s'agit pas de construire une "Confédération Sud", mais au contraire de renforcer la construction du Groupe des 10 , avec ses différentes réalités, pour peser sur une recomposition syndicale plus large.

Pour Sud -Ptt, comme pour le Groupe des dix, il s'agit alors d'essayer de renforcer les liens entre les forces syndicales qui ,dans la dynamique de novembre-décembre 95, cherchent la convergence avec les différents mouvements sociaux.

Il s'agit donc de construire l'outil syndical Groupe des dix, pour en faire un élément moteur dans ce processus.


Fin janvier 1996, SUD RAIL est constitué à la SNCF, puis apparaissent Sud Alsthom, Sud Métaux, Sud Chimie, Sud Culture, Sud Education, SUD Michelin, SUD VPC (Vente par correspondance)...

Ce mouvement se poursuit et ces syndicats ou fédérations à leur tour rejoignent le Groupe des 10, au plan national ou au plan local, en fonction de leur implantation. Ces équipes militantes sont souvent issues de la CFDT :
elles ne supportaient plus les positions, le fonctionnement et les accords signés par les dirigeants de la CFDT.

On assiste aussi à la création de syndicats Sud par des militants issus de la CGT, qui, eux, veulent retrouver la maîtrise de leur outil syndical.

Cette dynamique remet en cause les équilibres internes du Groupe des 10 qui , s'il est apparu comme le seul cadre possible pour la construction d'un syndicalisme rénové, s'en trouve transformé.

Les syndicats les plus anciens, issus historiquement de la CGT, ne sont plus hégèmoniques. Si l'on examine la composition du Groupe des 10 en 1981, les choses sur ce point sont claires.


Par ailleurs SUD Ptt a du analyser l'échec des luttes contre la privatisation de France Télécom, puisque malgré l'opposition d'une majorité du personnel et de la majorité des organisations syndicales, le nouveau gouvernement Jospin s'empresse de mettre en oeuvre en septembre 1997 les dispositifs d'ouverture du capital déterminés par le gouvernement de droite précédemment..

Au travers des luttes qu'elle a pu ou du mener, l'Union syndicale a vu s'affirmer son projet.


Lors des vagues de licenciements du printemps 2001 ( Lu - Danone, Marks et Spencer, AOM Air Liberté) l'Union Syndicale a été la première à soutenir les intersyndicales des entreprises en lutte ; mais elle a pu mesurer ses faiblesses.

Sur le plan interprofessionnel, le poids collectif encore insuffisant de l'Union Syndicale , a souvent amené l'Union Syndicale à faire le constat de son incapacité à initier seule une action.

La recherche de l'unité est manifestement indispensable à l'efficacité ; dès lors, pourtant, comment faire lorsque les autres organisations ne veulent rien faire... Cette question est devenue une préoccupation permanente de l'Union syndicale et de ses organisations.


L'Union syndicale est partie prenante des marches européennes contre le chômage et les exclusions ( Amsterdam,1997, Cologne 1999,) de la Marche mondiale des femmes, des manifestations lors des sommets européens, lors des réunions du G7, de l'OMC ou du Forum de Porto Alegre.

Elle a soutenu les initiatives et les actions lancées par la Confédération Paysanne et a été à l'origine de la mise en place du comité de soutien aux militants victimes de la répression.

L'Union Syndicale était très largement présente à Millau le 1er juillet 2000 et à Montpellier le 16 février 2001, lors des grands rassemblements aux militants de la Confédération Paysanne, durant leurs procès.

Au nom de la défense des droits fondamentaux, et de la nécessaire remise en cause de l'actuelle répartition des richesses, l'Union Syndicale est très engagée dans les luttes menées par les associations comme Droits Devant, AC !, DAL, MNCP.


Le souci de construire un rapport de force anti - capitaliste, une orientation visant la transformation sociale ont rendu incontournable à ses yeux la création de lieux de réflexion et d'éducation populaire :
en 1998, l'Union Syndicale a participé au lancement de la fondation Copernic et en du mouvement ATTAC ( Association pour la taxation des transactions financières et l'aide aux citoyens).


Son champ d'intervention s'est donc considérablement élargi, en lien avec tous dégâts sociaux et humains provoqués par les politiques libérales..


Toutefois il faut souligner que le renforcement et l'élargissement de l'Union Syndicale Groupe des 10 " Solidaires " a été entravée par les règles actuelles de représentativité syndicale dans le secteur privé comme dans le secteur public.

Des équipes de militants ont été dissuadées de créer un nouveau syndicat ou, à la suite de procès ou de difficultés multiples, contraintes d'abandonner.

Dès lors d'aucuns prétendent que ces nouvelles formes d'organisation ne sont que soubresauts "gauchistes" de courte durée.

Ils rejoignent par là ceux aux yeux de qui le triomphe de l'économie de marché serait mondial et doté d'une telle évidence qu'aucune contestation sérieuse ne saurait être envisagée.

Pourtant depuis l'échec de la conférence de l'OMC à Seattle , en novembre 1999, une autre évidence tend à s'imposer :
il existe une nouvelle galaxie militante d'opposition radicale au prétendu consensus mondial.


Dans cette " galaxie ", la part du syndicalisme que l'on dit moribond est assurément importante, peut-être même essentielle.


Le syndicalisme de l'Union Syndicale Solidaires présente toutefois un certain nombre de singularités :
La recherche d'une forme alternative d'organisation interprofessionnelle et le choix de la combativité, d'un lien fort et durable avec les autres acteurs du mouvement social comme support d'action transversale et décloisonnée.

A certains égards on pourrait dire qu'il y a là le souci de redonner au syndicalisme la " position de médiateur central de la solidarité qui a été historiquement la sienne ".


Par cette démarche, l'Union Syndicale Solidaires renoue avec la tradition anarcho - syndicaliste qui, comme le signale J. Julliard (" Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d'action directe ".Paris , Seuil ;), a voulu, au début du siècle, régler le problème du paupérisme par la création de Bourses du travail et , visant à intégrer la question sociale dans la revendication syndicale, donnait au syndicat " un rôle d'affranchissement de la condition ouvrière ".


Mais en même temps, bien loin de l'anti - étatisme qui caractérise le syndicalisme libertaire d'action directe, l'Union Syndicale Solidaires assume à travers son attachement à la défense du Service Public, la reconnaissance des missions, des services, du rôle régulateur et intégrateur de l'état moderne.

 

Notre organisation… Nous avançons en marchant


L'union syndicale Solidaires est en construction

L'Union s'est doté de statuts en janvier 1998. Le 2ème congrès de novembre 2001 a confirmé ces principes de fonctionnement, alors m^me que l'Union s'est développée et représente alors 80 000 adhérents et 32 organisations professionnelles (syndicats nationaux et fédérations).

On y retrouve les organisations syndicales SUD structurées au plan national et des syndicats qui ont une histoire plus ancienne, comme le SNUI, SNJ, SNABF…


L'Union syndicale Solidaires est une union interprofessionnelle qui rassemble des organisations partageant des valeurs communes et animées d'un projet commun, selon des règles de fonctionnement originales.


Le souci de préserver l'autonomie des organisations, de ne pas les déposséder de leurs positions, d'éviter les dérives bureaucratiques et la mise en place de superstructures de plus en plus éloignées des réalités des adhérents…


Les principes constitutifs


Chaque organisation est responsable dans son champ d'activité ; les positions communes de l'Union s'élaborent par consensus, chaque organisation disposant d'une voix (quelque soit sa taille).

Cela conduit à l'existence d'un droit de veto reconnu dans les statuts, qui doit demeurer exceptionnel et motivé.


Les structures et les règles de fonctionnement


L'organisation professionnelle est la base de l'union.

A la différence des confédérations classiques, nous n'avons pas de double pouvoir politique, professionnel d'une part, géographique de l'autre.

Par contre nous avons mis en place des unions départementales Solidaires dans la moitié des départements.

Ces unions locales ont la responsabilité de l'intervention interprofessionnelle au plan local. Elles accueillent les syndicats départementaux des organisations nationales, les syndicats locaux d'entreprise qui n'ont pas encore la possibilité de se coordonner au plan national.


Les instances


Le congrès national se réunit tous les 3 ans avec les délégations de chaque organisation professionnelle.

Les résolutions sont adoptées à la majorité, avec droit de veto possible. Chaque syndicat a une voix.

Les Unions départementales Solidaires sont invitées, participent au débat, peuvent amender les résolutions, mais n'ont pas le droit de vote.

Le conseil national se réunit tous les mois, composé de chaque organisation nationale. Il décide des positions et actions de l'Union entre 2 congrès.

Le bureau national (8 membres) est élu par le conseil national et a la responsabilité de l'animation quotidienne et la mise en œuvre des orientations du conseil national.

Il existe de plus des commissions de travail spécifique par thèmes ou transverses (protections sociale, formation syndicale, retraités, précarités, femmes…)

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